42 rue d'Avron 75020 Paris, France Obras architectes, Marc Bigarnet, Frédéric Bonnet

Matières, Architecture

Cours d’architecture, cycle licence
deux unités d’enseignement optionnelles, semestres 5 et 6, UE5.3 et UE6.3
cours proposé par ;
Frédéric Bonnet, architecte,
Boris Bouchet, architecte,
Chris Younès, philosophe

Sommaire:

introduction
six matières: le bois, la terre, la pierre, le verre, le métal, le béton
visites de site de production et cours d’architecture

En architecture, la matière n’est pas la construction. Pourtant, une part considérable du plaisir de construire nous vient d’un rapport singulier, à la fois technique et spirituel, avec la matière «première». Le processus de conception pourrait sembler un exercice très abstrait. Il ne l’est jamais, et ceci notamment parce que, en amont d’abord -avec l’expérience de la matière, construite ou héritée- puis en aval -avec le geste de l’ouvrier qui, in fine met en scène le dessin- l’architecture est d’abord un corps matériel.
L’idée de ce cours n’est pas de constituer un vaste panorama technique des matériaux disponibles, ni même d’offrir à l’étudiant l’essentiel des connaissances techniques sur chacun d’entre eux.
Il s’agit d’abord d’une rencontre. Rencontre entre la matière in situ d’une part, sur son lieu d’extraction, déchirée et modelée par l’outil et d’autre part des questions d’architecture, de dessin, de géométrie, de mesure ou d’échelle rencontrées à chaque pas de l’histoire de l’architecture: des visites de carrières ou de scierie, et des cours d’architecture, confortés par un exercice simple de projet.
L’émotion éprouvée en découvrant pour la première fois l’étendue d’une carrière est inoubliable: la colline est entaillée, profonde, la roche débitée peu à peu. Les blocs semblent de loin de simples cailloux, et apparaissent de près comme des menhirs, impressionnent par leur taille. Cette émotion est la même, aujourd’hui, lorsque les couteaux d’une usine de contreplaqué débitent à toute vitesse des arbres entiers.
Cette émotion est si forte car elle constitue d’abord une rencontre avec la nature et les élements. Elle est aussi constituée par la découverte de gestes et de savoir-faire, à la fois ancrées dans la durée ancestraux et modernes: toutes ces matières sont aujourd’hui produits de l’industrie contemporaine. Toutes ont pourtant été manipulées pendant des siècles.
Notre hypothèse est qu’il est impossible, après une telle confrontation, de dessiner comme «avant»: les visites comme les cours offrent un nouveau mode de connaissance de ces matières, à la fois culturel, territorial, technique, spirituel. L’expérience tactile rejoint la réflexion abstraite, et la diversité des possibles, rendue lisible par quelques principes simples, restitue pour le projet la jubilation première: construire avec la matière, mais en gardant l’esprit très largements ouverts sur l’immensité de ce dont nous héritons, et ce faisant, prolonger, interpréter, traduire, mais aussi transgresser et innover.

1- pourquoi ce cours «matières, architecture»?

Comment explorer les liens entre matière et architecture? Le cours «matières, architecture» associe la découverte commentée de sites de production ou d’extraction avec des cours théoriques.
Quelles questions d’architecture sont associées à l’extraction, à la transformation et à la mise en œuvre de ces matières? Quel liens potentiels entre les propriétés de ces matières et les dispositifs construits? Quelles ressources sont mobilisées? Comment le travail d’écriture architecturale permet à la fois l’interprétation et la restitution des caractères de ces matières?

Hypothèses à l’origine du cours

La palette des «matériaux» et des produits est aujourd’hui immense, étendue au point de susciter le vertige, comme si tout devenait possible, sans aucune limite de choix.

Or, l’architecture est d’abord un art du choix, de la mesure. Savoir «pourquoi» tel ou tel choix est élaboré pour les différents matériaux du projet est une condition première de la conception architecturale. Différentes voies sont possibles, dont l’une consiste, à partir de critères techniques ou performatiels, à s’approcher, pour chaque élément (la toiture, le plafond, la baie, la paroi...) d’une solution alors considérée comme idéale. Mais le choix des matières du projet ne doit-il pas être plus fondateur?

L’équilibre entre les différents matériaux ne doit il pas, dès la source du projet, contribuer à sa cohérence globale, en associant très tôt les particularités physiques (c’est à dire établies par sa nature) de la matière avec chacune des questions architecturales posées dans le projet? C’et bien évidemment dans ce sens que nous souhaitons travailler, et le cours repose sur les hypothèses suivantes

1- nous parlerons de matières et non de matériaux: le regard se situe d’abord du côté de la nature des éléments, des territoires d’extraction, des gestes premiers de la transformation: de la forêt à l’arbre, de l’arbre à la poutre, de la scie à l’assemblage...

2- le choix d’une matière est une décision fondatrice: le projet ne s’adapte pas a posteriori aux matériaux, mais le propre dessin du plan implique des mesures et des dispositifs associés aux propriétés de la matière mise en œuvre.

3- la matière implique un contexte, éminemment culturel: en un territoire donné, le lien entre les ressources, les savoir-faire techniques, l’héritage construit constitue à la fois un cadre économique et imaginaire, une «culture constructive», toujours localisée. Le contexte industriel globalisé est l’un des éléments contemporains de cette culture constructive, qui n’est cependant pas aussi «globale» que ce que le voyage des produits pourrait suggérer.

4- la matière comme «ressource» et «résistance»: elle est pensée conjointement comme une ressource (ce qu’elle offre, ses potentiels) et comme une résistance (le cadre et les limites données par ses propriétés). Ce double aspect est valable aussi bien à l’échelle du grain de la matière qu’à l’échelle de l’étendue territoriale. Ceci suppose une certaine «philosophie» du projet, un rapport pacifié entre nature et technique, un sens de la mesure, une évaluation permanente.

5- l’énergie mobilisée pour transformer la matière est un élément fondateur: à l’heure ou une économie durable semble s’imposer, on ne peut ignorer la quantité d’énergie et les durées mobilisées par la transformation des matières. Les visites de site de production ont notamment pour objet de rendre plus lisible le travail nécessaire.

6- comprendre le lien entre les propriétés de la matière et les questions d’architecture est essentiel à l’architecte, et c’est d’ailleurs l’un des sujets de la plupart des traités d’architecture: jusqu’où un bâtiment en terre cuite ressemble à un édifice de pierre ou de bois, quelle est la part de la matière dans les variations du dessin, quel sens donner aux ambiguités (la plus célèbre étant celle des temples de pierre reprenant les motifs de la charpente).

7- ces ambiguïtés dans l’interprétation de la culture constructive sont peut être les plus importantes à apréhender : en architecture, les choix d’écriture se positionnent toujours vis-à-vis de la matière et interrogent la culture constructive, les limites du cadre de production.

8- enfin, il nous faut élargir le regard à d’autres contextes, d’autres géographies, d’autres pratiques : Une meilleure compréhension des enjeux contemporains de la matière passe par la reconnaissance de thèmes transversaux, en d’autres lieux et d’autres temps, mais aussi dans la pratique des artistes, peintres et sculpteurs.


6 matières, 2 semestres

Six matières sont explorées: la pierre, le bois et la terre, le verre, le béton et le métal.
Les six matières sont scindées en deux groupes, un pour chaque semestre «matières brutes» et «matières transformées».
Un groupe correspond à une unité d’enseignement autonome,

Le premier groupe correspond au premier semestre, «matières brutes»: le bois, la pierre et la terre.
Ces trois des matières peuvent être utilisées sans transformation substantielle après extraction. Les visites et les cours mettront en évidence à la fois la pertinence et l’ambiguïté du mot « brut » : si la pierre, le bois ou la terre peuvent être mis en œuvre pratiquement dès extraction du milieu naturel, leur cadre de production contemporain est aujourd’hui essentiellement industriel, et la gamme des matériaux qui en sont issus est très étendue.
Le second groupe correspond au second semestre, «matières transformées», le verre, le béton et le métal.
Ces trois des matières nécessitent une transformation préalable importante de différentes ressources. Là encore, même si ces matières sont effectivement plus facilement associées à un processus de transformation, leur ambiguïté présente un intérêt théorique essentiel : elles peuvent d’une part être considérées comme une « matière première » utilisée brute (« un projet en verre « , un sol de béton, etc.) et d’autre part sont constituées à partir de ressources dont la plupart sont elles aussi extraites du milieu naturel. Dans les trois cas, aujourd’hui, la part croissante du recyclage (de métal, de granulats, de verre) modifie toutefois le sens profond de leur mise en œuvre.

2, structure du cours

Le cours est d’abord divisé en deux parties, autonomes, qui correspondent à chacun des deux semestres de la troisième année. Chaque partie a une structure équivalente: une séance introductive, une première visite de site, une série de 3 cours, une second visite, une série de trois cours, une trosième visite, une série de trois cours.
L’évaluation des acquisitions est effectuée à travers un exercice d’architecture relativement court, à partir d’un programme très simple, et où le choix de la matière doit être argumenté, ses conséquences mesurées dans le dessin, la mise en œuvre.

indépendance des deux semestres

Les deux semestres sont présentées conjointement dans ce document, car ils ont été conçus dans une même cohérence, à partir des mêmes hypothèses.

Mais les deux semestres demeurent complètement indépendants. Les deux unités UE5.3 et UE6.3 sont optionnelles, aucun prérequis n’est nécessaire pour l’inscription à l’une et/ou l’autre des ces deux unités.

répartition des heures d’encadrement

- une séance introductive ..........….............… 3 heures
- 3 séances de 6 heures (visites)…...............… 18 heures
- 3 cours théoriques (3 fois 3*1 heure)............ 9 heures
- encadrement de l’exercice d’architecture .…. 8 heures
Soit un total de 38 heures.

Hors encadrement environ 17 heures sont nécessaires pour l’élaboration, hors temps encadré, du document final sur lequel l’évaluation est fondée. Vingt-cinq heures sont donc nécessaires pour élaborer l’exercice de projet, qui est calibré en fonction de ce format relativement léger.


organisation de chaque séquence

Chacune des unités d’enseignement est organisée de la manière suivante :
- une séance introductive.
- une série de trois visites de sites de production, chaque visite étant associée à un cours théorique la semaine suivante. Pour chacune des visites, une synthèse critique sera effectuée par les enseignants lors du voyage de retour: mise en évidence de thèmes de réflexions développés ultérieurement dans le cours.
- chaque série de cours est composée de trois temps d’une heure environ chacun, intitulés respectivement: «natures», «mesures» et «écritures». Chacun de ces trois temps apporte un éclairage transversal sur les questions d’architecture liées à la matière, ceci selon trois angles de vue différents (voir «thèmes transversaux, ci après).
- un exercice court d’architecture est encadré la demi-journée suivant les séances de cours.

nature de l’évaluation

L’assiduité est prise en compte pour une part de 33% dans l’évaluation.
Le reste de l’évaluation correspond à une note donnée lors de la présentation, en fin de semestre, d’un exercice d’architecture simple élaboré au cours du semestre.

exercice d’architecture: au niveau de la troisième année, il ne s’agit pas d’un véritable projet (intégrant nécessairement une certaine complexité), mais d’un exercice court à partir d’un programme rudimentaire.

Il s’agira de proposer un petit édifice de 10m de long, 5m de large et 5m de haut, étanche à l’eau mais non nécessairement à l’air. Deux choix structurels et matériels devront être développés conjointement (exemple: choix n°1 «pierre-bois», choix n°2 «tout brique»).
Les objectifs peuvent se résumer ainsi:
- comprendre en quoi la différence de matière implique des choix de dessin et des gestes constructifs distincts;
- identifier quelles questions communes doit-on traiter malgré les différences fondatrices entre les deux structures;
- élaborer un argumentaire justifiant des choix effectués;
- inscrire consciemment les choix architecturaux dans une culture constructive, et identifier la part d’interprétation et la part d’héritage direct.

Le programme définitif sera donné aux étudiants lors du premier cours (le bois pour le premier semestre).
L’encadrement des exercices est effectué par Frédéric Bonnet et Boris Bouchet. Rendu sur trois feuilles A4.

Le travail est individuel. En cas d’»association» entre deux étudiants, un travail double sera exigé en terme de rendu de documents, l’encadrement régulier devant permettre de juger de la part de chacun.


ordre des visites

L’ordre des cours (et donc des visites) est déterminé en fonction des disponibilités des entreprises qui accueillent les étudiants sur leur site de production. En ce début d’année, il est le suivant:

pour le premier semestre:
- le bois (exploitation forestière, forêt) - Livradois Forez
- la terre (briquetterie, architecture en pisé) - Plaine du Forez
- la pierre (carrières et usine de transformation) - Bourgogne

pour le second semestre:
- le verre (usine de verre soufflée, verre laminé) - Vallée Rhône
- le métal (fonderie et usine de profils laminés) - Allier
- le béton (sablière, centrale, usine préfabrication) - Clermont

Pour des raisons de commodité de déplacement et de réduction des parcours, le regroupement de certains voyages sur site reste envisageable.

2, thèmes transversaux

L’exercice de l’architecture implique des choix. Une grande part d’entre eux concernent la matière. Choisit-on au hasard? Bien évidemment non. Ces choix doivent être dans une certaine mesure partagés (par le client, par l’ingénieur, par le constructeur, par le technicien...)
Tout ces choix résultent d’une position par rapport à des questions d’architecture. Ces questions ont le plus souvent une source séculaire, et se rencontrent en tout point.

questions d’architecture...

L’architecture a ses propres questions, qu’elle ne partage pas avec les autres disciplines, même si elles peuvent l’aider, parfois, à porter sur elles un éclairage intéressant:
Le rapport entre la géométrie et le programme, l’arythmétique de la distribution et des partitions, la hiérarchie des registres, la résolution et l’équilibre entre gravité et stabilité, l’économie de matière, le rapport entre la ressource (le matériau) et le savoir-faire disponible, la définition des angles, du rapport au sol et du rapport au ciel de l’édifice, la configuration des limites entre intérieur et extérieur, etc.. sont autant de questions d’architecture, singulières, que posent aussi bien le constructeur d’une Cathédrale du XII° siècle que Éduardo Souto De Moura réalisant le stade de Braga.
Bien évidemment, ces questions n’ont pas toujours une intensité équivalente, elles s’articulent et se résolvent de manière très contrastées. L’anthropologie, l’Histoire, l’Économie, etc. nous permettent de mieux comprendre le contexte qui entourent ces questions, à un moment donné et de les relier culturellement à d’autres œuvres d’Architecture. Mais les questions en elle-mêmes restent le cœur de la discipline architecturale, et, en conséquence, leur maîtrise conjointe et cohérente l’essentiel de la compétence de l’architecte.
Ce cours constitue l’occasion, à partir des six matières que sont le bois, la pierre, la terre, le béton, le verre et le métal, d’explorer des questions d’architecture.
Il s’agit donc bien d’un cours d’architecture, et non pas d’un cours de technologie, d’économie des matériaux, d’histoire d’architecture, d’histoire des techniques ou d’histoire des doctrines. À ce titre, son contenu et son propos sont organisés directement selon des thématiques transversales proprement architecturales.

entre substance et écriture,
entre nature et intention

Toutes les séries de cours sont organisées en deux parties distinctes :

- La première partie (en général deux interventions) part de la matière elle-même, de ses propriétés, des effets induits ou des questions qui lui sont associés en Architecture. Elle révèle la substance de la matière, ce qui l’identifie, et interroge les figures auxquelles elle renvoie dans l’architecture. Il s’agit à la fois d’une exploration de la diversité des matières dans leur propriétés, des rapports très contrastés avec les ressources territoriales et avec les gestes de fabrication, des implications géométriques et des mesures associées.
- Le dernier cours met en évidence les questions doctrinales liées à la matière, à sa mise en œuvre, il interroge plutôt l’intention et le sens des choix opérés sur les matériaux, et la portée de leurs combinaisons. «L’écriture architecturale» différencie au XVII° siècle Le Bernin de Borromini tout comme aujourd’hui le travail de Rem Koolhaas de celui d’Alvaro Siza. Or, les questions de matérialité et la manière d’envisager «l’art de construire» ne sont pas innocents dans la définition de ces écritures. Même l’architecture la plus ordinaire implique un choix d’écriture, le choix d’un dessin, d’une mesure, d’un caractère. La partie «écritures» du cours explore ces positions, en analysant de manière contextuelle trois à cinq projets ou démarches issus d’interprétation très différentes de la matière.

Ainsi, pour chacune des six matières :
Le premier cours a pour sous-titre « nature(s) »
Le second cours a pour sous-titre « mesures »
Le troisième cours a pour sous-titre « écritures »

Les cours introductifs ont une structure spécifique, bien qu’elle reprennent les trois grandes catégories précédentes.

à propos d’histoire et de géographie...

Les illustrations ont pour rôle de rendre explicite, manifeste, l’expression des thèmes abordés, de stimuler la compréhension de questions permanentes, transversales. Les analogies –et les différences- entre les références accentuent cette reconnaissance, à l’image des « sympathies » dont parlait Michel Foucault.

Géographies croisées : les références peuvent être issues de régions du monde très éloignées. Des architectures «premières» (au sens des Arts Premiers) sont chaque fois présentées en début de cours, surtout dans la première partie (matières brutes). Ce recours à des architectures passées et souvent lointaines fait écho aux argumentaires de nombreux traités d’architecture qui, à l’image de Auguste Choisy ou Gottfried Semper, reposaient leur thèse sur des «constatations élémentaires», des massives parois sumériennes aux fragiles tressages océaniens.

Histoires croisées : la chronologie n’organise pas les chapitres ni les référents. Le propos n’est pas historique (il s’agirait alors d’une autre tentative disciplinaire), et des liens peuvent être faits non pas entre deux contextes incomparables mais entre deux exemples faisant apparaître une même question d’architecture.
Lorsque l’on évoque, par exemple, les aspects les plus paradoxaux de la pierre, convoquée parfois pour sa translucidité, il est nécessaire de confronter les transennes médiévaux de Saintonge et les très contemporains voiles d’albâtre. De même, le bois empilé, utilisé dans sa masse presque minérale, est d’autant plus intéressant chez les architectes contemporains, suisses ou japonais, qu’il renvoie à la pratique millénaire des charpentiers nordiques.
L’effet jubilatoire de ces analogies construites est ici pleinement assumée.

l’Art et la matière...

L’art (Peinture, sculpture, Art dramatique, Art contemporain), mais aussi le paysage et l’ingénierie sont convoqués en parallèle avec les références architecturales, toujours dans le but de rendre manifeste une posture particulière, un rapport spécifique à la matière et aux gestes de sa mise en forme.
Si les références artistiques apparaissent dans les six cours dédiés à chaque matière, un cours spécifique leur est consacré dans le cours introductif.

3, les cours introductifs

Trois cours introductifs, regroupés en une séance en début de semestre, inaugurent chaque série de trois matières. À travers ces cours, nous définissons aussi ce que représente, pour l’architecte, une «question d’architecture». La résistance et la ressource que nous propose la nature (les propriétés de la matière), les limites et potentiels propres à l’outil et à la mise en œuvre (les «mesures») sont confrontées avec les interprétations doctrinales, le travail d’écriture architecturale. Ces cours introductifs posent ainsi des questions éthiques: qu’est-ce qui dépend de nous? Quelle est la part du comment et du pourquoi dans notre rapport, souvent très technique, à la nature? Sur quelle base, nécessairement offerte au partage, étayer les choix architecturaux?

«nature(s)»

Le premier cours est présenté par Chris Younès, Philosophe. Il met en lumière les relations singulières, au cours du temps, entre nature et technique, en illustrant le propos par des concepts philosophiques et en le prolongeant jusqu’aux problématiques les plus contemporaines: en quoi le rapport à la matière, au delà d’un univers technique, renvoie-t-il à une dimension plus spirituelle, à des conditions pour habiter le monde dont nous faisons partie? En quoi le développement dit «durable» impose t-il aujourd’hui un rapport à la nature renouvelé, où la ressource n’est plus perçue comme inépuisable?

«mesures»

Le second cours relie deux points principaux:
1- états premiers de la matière
En architecture, il existe un nombre réduit d’états construits de la matière, soit quatre:
- le bloc
- la feuille
- la fibre
- le grain
Le bloc: la pierre massive, la brique, la terre crue, le béton moulé...
La feuille: les tôles, le contreplaqué, les plaques de verre...
La fibre: le bois scié ou reconstitué (lamellé, kerto,...), les profils laminés de l’industrie de l’acier...
Le grain: matériaux pondéreux indépendants utilisés sans liant chimique (sables, terre, graviers...)
Ces quatre catégories se croisent avec des gestes constructifs élémentaires, lesquels renvoient à la fois à des mesures et des géométries, et correspondent à des propriétés premières des matières ainsi assemblées.

2- les gestes élémentaires
ils sont explorés à travers plusieurs exemples architecturaux:
- empiler
- entailler
- mouler, fondre
- plier, tordre
- tresser, tisser
- lier, coller
Cette première approche très simple, à l’aide d’un nombre limité de catégories, permet un premier balayage du rapport que l’on envisage entre les propriétés de la matière (par exemple la fibre du bois), les formes des éléments qui en sont issus, les possibilités constructives et les géométries associées.
Le cours se prolonge à partir d’un exemple là encore très simple: pourquoi ne dénomme-t-on pas de la même manière les dimensions d’une pièce de bois, d’un profil métallique, d’une tôle, d’une pierre, d’un béton ou d’une plaque de verre? Pourquoi parle-t-on dans un cas de hauteur, largeur, profondeur, dans un autre de section et de longueur, pourquoi est-ce ici le volume et la granulométrie qui importent, et dans un autre cas l’épaisseur et la largeur? Ces éléments apparemment très pragmatiques, liées à des dimensions usuelles de l’industrie, sont en fait liées à des facteurs très déterminants qui ont un fort impact architectural. La manière de rendre compte de la mesure d’un matériau n’est pas anodine, elle suggère aussi les conditions d’origine de son extraction ou de sa fabrication (le tronc et la scie pour la poutre et le chevron, les rouleaux du laminoir pour la tôle, le mélange et le fluide versé dans le moule pour le béton, l’épaisseur du front de taille pour la pierre...).
En conséquence, assembler des éléments dont on mesure la «section», l’épaisseur, le volume ou le rapport hauteur/profondeur n’induit ni les mêmes gestes constructifs, ni les mêmes géométries: le mur, le portique, etc...
(Frédéric Bonnet)

«écritures»

Le troisième cours est l’occasion de relier de manière transversale des exemples issus principalement de l’art contemporain, étendus parfois à d’autres périodes de l’histoire. Si les références de la peinture et de la sculpture appuient l’ensemble des cours, nous parcourrons dans ce cas transversalement, selon les six matières évoquées plus loin, différentes attitudes d’artistes vis à vis de la matière.
Une notion sera associée à chacune des matières, et déclinées ensuite durant la présentation thématique des œuvres.
(NB: les listes ci dessous sont indicatives)
- Pour le bois : notion d’assemblage (la tresse, l’entaille, le lien -clou, cheville, vis, corde-)
artistes: Guiseppe Penone, Brancusi, Carl André, Richard Long, Drury, Andy Goldsworthy, œuvres Arts Premiers.
- Pour la terre : 3 notions / la main (modelage, rapport direct à la matière), la série (éléments moulés répétitifs) et le motif (céramiques peintes, émaillage)
artistes: Ousmane Saw, Walter de Maria, Wolfgang Laib, Pierre Alechinsky;
- Pour la pierre : rapports entre texture et épaisseur, la forme émergente,
artistes: Eduardo Chillida, Canova, Michelangelo, Brancusi;
- Pour le verre : 2 notions / la «cuisine» -mélange des ingrédients et cuisson-, la transparence,
artistes: Pierre Soulages, Tapio Wirkkala, Wassily Kandinski, James Turell, Olafur Olafsson;
- Pour le métal : notion de processus (la fabrication comme une série d’opérations complexe)
artistes: Cesar, Richard Serra, Eduardo Chillida, Donald Judd, Brancusi;
- Pour le béton : notion de forme-contreforme, et des savoir faire (chaudronerie, charpente) qui peuvent êre associés à la fabrication du moule.
(Boris Bouchet et Frédéric Bonnet)

Un parallèle sera envisagé entre les artistes qui prennent délibéremment parti pour la manipulation, le rapport direct avec la matière, ceux qui assurent la réalisation de leur œuvre par une médiation quasi industrielle, et ceux enfin qui prennent parti pour une dématérialisation radicale.

toples matières

Six matières sont donc explorées: la pierre, le bois, la terre, le verre, le métal et le béton. On comprend bien que cette liste n’est ni exaustive, ni même suffisamment précise. On pourrait y ajouter les matières plastiques, les textiles, les matières composites synthétiques. Mais nous avons souhaité restreindre le choix à ces six matières génériques, toutes à la fois éminemment contemporaines et ancrées dans une longue tradition. Bien évidemment, les intitulés restent volontairement très généraux: la «pierre» comporte en réalité une très grande variété de matériaux aux caractères parfois très opposés; dire «le béton» ne suffit pas à préciser s’il est armé, ductile; le «bois» renvoie à toute la diversité des variétés d’arbres de la planète, du gaïac lourd et dur comme une pierre au balsa tendre comme du beurre mou; nous avons regroupé sous le terme «terre» la terre crue banchée aussi bien que la terre cuite ou la céramique, matériaux qui, pour être tous millénaires, ont des caractéristqiues et des usages très différents; enfin le «métal» recoupe une immense palette potentielle, de la fonte aux profils laminés, le l’acier au cuivre, l’aluminium et autres.
Cette diversité est toujours déroutante: l’un des objectifs des cours sera de rendre plus explicite les propriétés et les questions qui restent toujours attachées à une des six grandes familles que nous avons désignées, tout en rendant compte de la diversité de ses composantes.

top1, le bois

Le bois est avec la terre et la pierre l’une des matières les plus archaïques, utilisé pour édifier des abris bien avant l’antiquité. Cette tradition est diverse, les architectures de bois variant depuis des siècles des assemblages les plus légers, simples fibres tressées, aux parois les plus massives, épaisses et empilées comme des blocs minéraux. Le bois contemporain correspond à des matériaux d’une grande diversité, massifs, reconstitués, en panneaux, contrecollés, lamellés collés, etc. Son mode de production (l’exploitation forestière, qui modèle les paysages et enrichit les territoires) et ses propriétés «naturelles» en font aujourd’hui l’une des matières-clefs lorsque l’on recherche une meilleure efficacité, une juste mesure de l’énergie dépensée, dans la durée, pour édifier.

Cours 1, nature(s)
Du vivant au construit: les durées associées à la fabrication du bois (exploitation forestière, gestion territoriale, implantations industrielles)
Évocation des implications paysagères et économiques de l’exploitation du bois (fabrication et gestion des paysages)
Les propriétés du bois fondatrices d’un projet d’architecture:La fibre et la souplesse, les effets de l’usure et du temps, un matériau qui «respire».
(Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
Fibre, poteau et figure du portique ou de la maille
Fibre et figures du tressage;
Feuilles et figures du pliage;
Feuilles et panneaux
empilement, tressage, lien: les dimensions.
Mesure de l’outil (la hache, la scie, les usines contemporaines) et implications architecturales.
(Boris Bouchet)

Cours 3, écritures
Interprétations contemporaines de quatre modes constructifs élémentaires en bois:
- le bois massif empilé (issu de l’architecture nordique)
- la charpente «empilée» selon des encorbellements successifs (issue de l’architecture savante japonaise)
- la charpente triangulée (issue de l’art des charpentiers médiévaux occidentaux)
- la charpente «texture» tramée (issue du système de «balloon frame» nord-américain)
Le cours apporte à la fois les références d’origine et les interprétations, parfois décalées, de quelques projets très récents.
(Frédéric Bonnet)

Visites
Matin: visite d’une exploitation forestière (marche dans la forêt avec commentaires exploitant, visite d’un site de coupe avec du matériel contemporain)
Après-midi: visite d’une scierie industrielle entièrement automatisée (Arlanc, Livradois-Forez), visite d’une scierie utilisant des outils plus anciens.

 

 

 

top2, la terre

Crue, moulée et séchée, ou bien crue et banchée, malaxée et cuite, moulée et cuite, brute ou émaillée: la matière extraite du sol s’élabore, complexe, dès les origines de l’architecture. C’est la matière première par excellence: immédiatement disponible sur le lieu des grandes civilisations regroupées dans de larges vallées souvent argileuses, renouvelable -puisque la dynamique des fleuves en reconstitue les grains originaux- facile à manipuler, à modeler, à transporter et à assembler par petits modules. Le cours explorera les liens de cette autre tradition avec les interprétations les plus contemporaines -des murs de pisés «écologiques» et renouvelés aux tuiles industrielles de Renzo Piano-

Cours 1, nature(s)
La terre comme ressource: liens géographiques entre la disponibilité du matériau et sa mise en œuvre, les grandes vallées antiques, les cultures de l’argile;
La terre, l’eau, l’air: un mélange, un dosage, une association;
Le cru et le cuit;
La terre et l’eau, un rapport singulier au sol, à la fois source amie et péril ennemi; (Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
Terre crue banchée: la transcription de l’épaisseur, les motifs de la mise en œuvre, les savoir-faire associés au moule, le rôle des chaînages;
La main, le module et la série: du modelage à l’industrie; L’impact des dimensions du module et de ses combinatoires dans la construction du plan et le dessin des façades: le rôle du «calepin». Comment couper une brique? (Boris Bouchet)

Cours 3, écritures
Le travail de Rick Shaw aux états-unis, maisons contemporaines en terre banchée ou en béton de terre; Les ambiguïtés de la terre et du béton: moules, effets de parois, épaisseurs et textures. Par extension, relations avec le dessin et le caractère de certains bétons.
Le Corbusier à Chandigarh: un dessin de béton, une tradition de brique: hybridations et relation entre le mode de mise en œuvre et le caractère des édifices. Parallèle avec les parti-pris de Louis Kahn à Dacca.
Les expériences de Renzo Piano pour développer de nouveaux standards industriels de la terre-cuite; De la masse construite au parement et à la double façade, la terre comme «menuiserie».
Brique, règle, mise en œuvre et «vibrations» de la paroi: l’exemple du travail de Le Corbusier à la Villa Jaoul, attentif aux accidents et aux irrégularités de la pose. Paradoxes. En corrolaire, travail de Alvaro Siza sur les céramiques contemporaines: lorsque les reflets du ciel et de la mer se fondent dans le plan pourtant minéral de la façade. (Frédéric Bonnet et Boris Bouchet)

Visites
Matin: Terre crue, site de constrution de pisé (Vallée de la Loire, Plaine du Forez) et architectures en terre.
Après-midi: Terre cuite, visite d’une briquetterie contemporaine près de Saint-Just Saint-Rambert (Forez)

 

top3, la pierre

La pierre est souvent associée à l’architecture monumentale dont nous avons hérité, le marbre de l’Acropole, le grès du Nil. C’est d’abord parce que c’est une matière éminemment durable, mais aussi parce que son extraction et son transport ne sont aisés que depuis la révolution industrielle, qui a vu l’usage de la pierre étendu à des architectures plus domestiques. Sa grande durabilité, la faible énergie requise pour l’extraction de cette ressource pléthorique, ses qualités d’inertie, l’imaginaire spirituel de cette masse issue du sol en font une matière très contemporaine.

Cours 1, nature(s)
Géologie et genèse de la pierre: du sable au marbre.
Granits, Grès, Calcaires, Marbres, Schistes, Ardoises:
Pourquoi tant de types de roches, et donc de pierres?
Les rapports entre la géographie, le paysage, le sol et la pierre;
Fronts de tailles, taille des blocs, pierre de taille;
(Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
Le lit et le délit, ou quand le bloc rejoint la géologie;
Énergie de l’extraction, dimensions de l’outil et mesures de la pierre;
La question des distances: les voyages de la pierre, les effets territoriaux de l’économie de cette extraction (rapport architecture vernaculaire et monumentale)
Extraire, poser, disposer: gestes constructifs;
Appareils chaînages et motifs.
(Frédéric Bonnet)

Cours 3, écritures
- La question des triglyphes et métopes: motif de pierre ou de bois? (lectures à travers les traités, identification d’une question d’architecture, celle de l’interprétation des modénatures du temple grec. Auguste Choisy, Gadet. exemples d’architectures contemporaines reprenant cette dilectique.
- La question du rapport entre texture et épaisseur: la pierre est-elle une masse dont on perçoit la profondeur, comme isuue de la montagne, ou bien simple pellicule, qui n’exprime que le motif de sa tranche. Massivité et plaquage, notions étendues à d’autres matières (bois, brique, verre); exemples recueillis aussi bien dans l’architecture classique (modénatures de restitution de l’épaisseur) que baroque (les panneaux de pierre) mais aussi, plus proches de nous, Laprade, Plecnik, Pouillon, Koolhaas.
- La pierre et le poids: deux œuvres commentées, Renzo Piano et la pierre armée puis Gilles Perraudin et la pierre empilée.
- Le rôle de la maçonnerie dans l’interprétation de «arquitectura popular em portugal» par les refondateurs de la modernité portugaise. Territoire et «régionalisme critique».
(Boris Bouchet)

Visites
Matin et après midi, option 1: Carrière de lave, carrière de granit. Visite des fronts de taille et des installations industrielles (Volvic, autre site proche région)
Matin et après midi, option 2: Visites de carrières de calcaire de Bourgogne, région de Comblanchien (Nuits-Saint-Georges)

top4, le verre


Le verre n’est plus seulement aujourd’hui la condition, conjointe, du passage de la lumière et de la protection de l’air extérieur vers l’intérieur de l’architecture. Ce fut certes, à l’origine, la double cause qui motiva sa mise en place, et sa constante amélioration, des vitres grossières aux glaces contemporaines les plus cristallines. Le verre aujourd’hui devient aussi paroi, toiture, architecture et tout entier structure, dans certaines tentaives extrêmes. Cette fascination de la transparence trouve ses traces dans la modernité. Aujourd’hui encore, une certaine dématérialisation, étendue à d’autres matières -voilages de métal, de plastique ou de ductal, motifs de verre simplement gravé- réactive le désir ambivalent d’une disparition de la structure et de ses effets dans le dessin de l’architecture.

Cours 1, nature(s)
Origine minérale, énergie convoquée pour la fusion;
La transparence, la lumière, les degrés de transluscidité: que laisse au juste passer le verre?
L’influence du fluage sur les dispositifs de mise en œuvre;
La flexion impossible: une singularité parmi les matières architectoniques;
Le verre et ses renforts: feuilletages et assemblages composés;
(Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
Matière soufflée, matière moulée, matière laminée;
Les gestes de la fabrication, la morphogenèse du verre en fusion: plaque, volume plein ou creux. Les géométries issues du processus de fabrication.
Le verre et son (ses) cadres: parce que les propriétés de la matière appellent un renforcement (ou une forme de prothèse, si l’on veut), la mise en œuvre du verre renvoie le plus souvent au dessin de la menuiserie: quelles mesures? Explorations des transgressions.
(Frédéric Bonnet)

Cours 3, écritures
- Le verre, la transparence et ses ambiguïtés.
La transparence emblématique de la modernité (Wassily Kandinski, Bruno Taut et «l’Alpine Architektur», Behrens, Walter Gropius). Prolongements avec les case study houses, le travail de Buckminster Fuller, de Frei Otto. Autres références sur la la transparence et la lumière: voiles et filtres, vitrail, panneaux de papier au japon ou «shojii».
- Commentaires autour du texte de Colin Rowe sur la modernité «Transparences»;
- Les états contemporains du verre: Herzog et De-Meuron, Peter Zumthor, Sejima; le transparent, le transluscide, les motifs et les figures.
- Le travail de Pierre Soulages pour la reconstruction des vitraux de l’abbaye de Conques. Le verre minéral.
(Boris Bouchet)

Visites
Matin: départ pour Lyon, arrêt à la verrerie de Saint-Just (verre soufflé, procédé artisanal) -
Après-midi: Région lyonnaise: usine de verre laminé.

 

5, le métal

Les cinq autres matières sont toutes aujourd’hui façonnées par les règles de l’industrie, et c’est pourtant le métal que l’on associe souvent d’abord à cet univers industriel. C’est un égarement sans doute mérité, puisque l’on confond le moment de sa généralisation (la révolution industrielle moderne), l’imaginaire des bâtiments de production et le matériau lui-même. Même s’il est depuis fort longtemps associé à la pierre (les chaînages sont d’abord des chaînes), de manière parfois archaïque, le métal contemporain est bien autre chose. L’extrême précision de ses dimensions et de sa mise en œuvre, la régularité de ses produits, les performances structurelles introduisent dans le dessin des échelles nouvelles, des effets de série, des assemblages affinés, des épaisseurs inusités.

Cours 1, nature(s)
Le métal. Quel métal? (acier, nuances d’acier, fonte d’acier, aluminium, fonte d’aluminium, cuivre, zinc, alliages)
Extraction et fabrication, l’énergie requise, l’imaginaire «vulcanien» de la production et de la transformation du métal.
La fabrication comme une succession complexe d’opérations de transformation (le métal est tout le contraire d’une «matière première»)
Le rôle contemporain du recyclage dans la disponibilité de la ressource: quelles conséquences?
Le paroxysme de la dilatation, de la souplesse, de l’élasticité.
Le métal à l’épreuve du temps. Vapeurs d’eau et écarts thermiques. Rouilles.
(Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
Ajustements: du centimètre au millimètre, histoire du maçon et du serrurier;
Profils et tôles: mesures industrielles, mesures corrigées, une autre manière de penser le dessin;
Fonte: processus de coulage et géométrie des moules;
Structures et géométrie: les métamorphoses de la charpente;
La préfabrication, une figure de l’espace et du temps;
Assemblages, figures et imaginairess des liaisons;
Le métal en appui: le métal associé à la pierre, au bois, au béton, à la terre... (Boris Bouchet)

Cours 3, écritures
- Les serres, le cristal Palace et la préfabrication;
- Le métal des utopies: B. Fuller, Y. Friedman, N. Schaeffer...
- Mies Van der Rohe au pavillon de Barcelone.
La croix fameuse. S’agit-il bien d’un poteau en métal?
- La disparition de l’assemblage, l’efficience de la matière: les questions paradoxales héritées du high-tech: assemblage comme motif emblématique ou absence. (Norman Foster, Mies Vander Rohe, Eduardo Souto de Moura, Toyo Ito, Sejima);
- l’imaginaire du chaudronier -la coque, l’avion, la machine-: les jubilations géométriques du pli et la mystérieuse platitude des capotages. (Frédéric Bonnet)

Visites
Région Issoire ou Montluçon, selon contacts à confimer.
Matin: la fonte, visite d’une fonderie
Après-midi: usine d’ acier laminé

 

 

 

 

6, le béton

Au départ, il y a le sable et les graviers: blancs ou beiges, ronds ou cassés, réguliers ou multicolores. La composition du béton commence, comme en cuisine, par la recherche et l’ajustement de ses ingrédients: un territoire d’extraction se cache derrière la texture agglomérée du béton, comme pour la pierre, la terre ou le bois. Puis vient le moule: le béton attend pour durcir un réceptacle. Au savoir faire du mélange et de l’équilibre des ingrédients s’ajoute le savant assemblage du coffreur. Que celui-ci soit industriel, charpentier ou menuisier change la donne: la texture du béton s’adoucit ou se strie, s’égalise ou se plie. Entre imaginaire de la pierre (la masse), du bois (le coffrage, la poutre) et du métal (les aciers, les performances structurelles), le béton construit son propre univers.

Cours 1, nature(s)
Le béton: eau, sable, ciment et granulats. Ce qui reste des éléments d’origine (aspects et propriétés), ce qui devient différents une fois la «prise» effectuée;
Régularités et irrégularités: les écarts du béton;
Le béton et ses «associés»: l’acier, les fibres, les adjuvants.
Le béton à l’épreuve du temps.
(Frédéric Bonnet)

Cours 2, mesures
La matière moulée et le moule: l’art du béton est aussi un art du coffrage, et le menuisier parfois se cache derrière le maçon. Des boiseurs aux banches contemporaines;
Textures de béton, motifs de coffrage: le calepin a-t-il un sens?
Textures de surfaces et «ingrédients» d’origine;
Épaisseurs des parois, synthèse: de la dimension du bras (la pierre) à celle de la main (le béton) puis le doigt (le verre ou le contreplaqué). En quoi l’épaisseur intermédiaire, celle du béton, est-elle la plus difficile à maîtriser, ni véritablement épaisse, ni suffisamment pelliculaire? (Frédéric Bonnet)

Cours 3, écritures
- Le corbusier, entre la règle et le rugueux. Le Pavillon Suisse à Paris, la Tourette à L’arblesle;
- Modernité latinoaméricaines: (Dieste, Candela, Villanueva, Costa, Do Bardi, Bonet, Artiguas, Mendes da Rocha, Niemeyer). Un béton décomplexé.
- Architecture et Infrastructure: les ouvrages d’art Suisse de Maillard aux ponts contemporains. Influences et interprétation dans l’architecture des édifices.
- Kenzo Tange: quand la charpente devient maçonnerie, le béton comme un bois minéralisé.
- Eduardo Souto de Moura: béton tectonique, les épaisseurs du béton, échelles successives et associées, de la colline au garde-corps. (à partir du Stade de Braga).
(Frédéric Bonnet et Boris Bouchet)

Visites
Matin: visite d’une gravière (Marthes d’Artières, vallée de l’Allier). À la suite: visite d’une centrale à béton.
Après-midi: visite d’une unité de production d’éléments en béton préfabriqué.

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cours proposé par:
Frédéric Bonnet, architecte, enseignant titulaire dans le champ «théories et pratiques de la conception architecturale»
Responsable du domaine d’étude de Master «EVAN», «entre ville Architecture Nature»
Responsable de l’UE5.3 «matières brutes» et de l’UE 6.3 «matières transformées»
Chris Younès, Docteur en philosophie, Professeur des écoles d’architecture, enseignante dans le champs «Sciences Humaines et Sociales» à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette, Directrice du laboratoire de recherche «Gerphau» à l’ENSACF, laboratoire rattaché à l’UMR LOUEST du CNRS.
Boris Bouchet, Architecte
Boris Bouchet et Frédéric Bonnet préparent les cours magistraux et les visites des sites de production.
Chris Younès intervient lors des séances introductives et pour le jury d’évaluation final.

illustrations:
a- charpente triangulée, grande salle du Château de Sully-sur-Loire, France, fin XIV° siècle.
b- bois empilé, église de Petäjävesi, Jaako Leppänen, Finlande, XVIII° siècle;
c- S. Takasuga, maison Sei-to-Gaku, édifice de traverses empilées, Péninsule d’Izu, Japon, 1975-80;
d- Imre Makoviecz, chapelle mortuaire du cimetière de Farkasreit, Hongrie, 1975-77;
e- Clavuot, marches de l’école à Vrin Suisse, 2002;
f- Venturi & Rausch, maisons Trubek et Wislocki, Nantuckett Island, Massachusetts, USA, 1972;

matière bois, charpente triangulée, grande salle du Château de Sully-sur-Loire, France, fin XIV° siècle.
matière bois, bois empilé, église de Petäjävesi, Jaako Leppänen, Finlande, XVIII° siècle;matière bois, S. Takasuga, maison Sei-to-Gaku, édifice de traverses empilées, Péninsule d’Izu, Japon, 1975-80;
matière bois, Imre Makoviecz, chapelle mortuaire du cimetière de Farkasreit, Hongrie, 1975-77;
matière bois, Clavuot, marches de l’école à Vrin Suisse, 2002;
matière bois, Venturi & Rausch, maisons Trubek et Wislocki, Nantuckett Island, Massachusetts, USA, 1972;

illustrations:
a- Rafael Moneo, Musée d’Art Romain, Merida, Espagne, 1980-84;
b- Eladio Dieste, chantier de l’église à Atlántida, Uruguay, 1960;
c- Sigurd Lewerentz, voutains métal et brique de l’église St-Peter, Klippan, Suède, 1963-66;
d- Maison contemporaine en terre crue banchée;
e- Alvaro Siza, façade en céramique, logements à Lisbonne, 2005

matière terre, Rafael Moneo, Musée d’Art Romain, Merida, Espagne, 1980-84;
matière terre, Eladio Dieste, chantier de l’église à Atlántida, Uruguay, 1960;
matière terre, Sigurd Lewerentz, voutains métal et brique de l’église St-Peter, Klippan, Suède, 1963-66;matière terre, Maison contemporaine en terre crue banchée;
matière terre, Alvaro Siza, façade en céramique, logements à Lisbonne, 2005

illustrations:
a- Gilles Perraudin, Chai en pierre massive, Vauvert, 1997;
b- Fernand Pouillon, construction en pierre, Algérie, ca 1950;
c- Utzøn, maison Can Lis à Majorque, Baléares, Esp. 1973;
d- Peter Zumthor, thermes de Vals, Grisons, Suisse, 1994-96
e- Louis Kahn, Kimbell Museum, Fort Worth, Texas, 1967-72
f- Serlio, détail de la façade du château d’Ancy-le-Franc, 1544.

matière pierre, Gilles Perraudin, Chai en pierre massive, Vauvert, 1997;
matière pierre, Fernand Pouillon, construction en pierre, Algérie, ca 1950;
matière pierre, Utzøn, maison Can Lis à Majorque, Baléares, Esp. 1973;matière pierre, Peter Zumthor, thermes de Vals, Grisons, Suisse, 1994-96
matière pierre, Louis Kahn, Kimbell Museum, Fort Worth, Texas, 1967-72matière pierre, Serlio, détail de la façade du château d’Ancy-le-Franc, 1544.

illustrations:
a- Norman Foster, mur rideau courbe, immeuble de bureau;
b- Fritz Peutz, Glaspaleist, Heerlen, Pays-Bas, 1935;
c- Walter Gropius, Bauhaus, Dessau, 1925;
d- Pierre Koenig, Stahl House (Case Study House #22), Hollywood, Los Angeles, Cal., USA, 1960;
e- Herzog et De Meuron, restructuration de la Tate Gallery, Londres, 2002.

matière verre, Norman Foster, mur rideau courbe, immeuble de bureau;
matière verre, Fritz Peutz, Glaspaleist, Heerlen, Pays-Bas, 1935;
matière verre, Walter Gropius, Bauhaus, Dessau, 1925;matière verre, Pierre Koenig, Stahl House (Case Study House #22), Hollywood, Los Angeles, Cal., USA, 1960;
matière verre, Herzog et De Meuron, restructuration de la Tate Gallery, Londres, 2002.

illustrations:
a- Kazuyo Sejima & Ryue Nishizawa, «parc café» (restaurant), Koga, préfecture de Ibaraki, Japon, 1996-98 ;
b- Egon Eiermann, centre administratif pour Olivetti, Frankfurt-am-Main, 1967-72;
c- Toyo Ito, bibliothèque Sendaï, Tokyo, 1997-2002;
d- Renzo Piano & Richerd Rogers, Centre Georges Pompidou, Paris, 1977;
e- Glenn Murcutt, détail d’un panneau de la maison Simpson-Lee, Mount Wilson, New South Wales, Australie, 1989-94;
f- Louis Kahn, Yale Center for British Arts, Yale, Connecticut, USA, 1969-74

matière métal, Kazuyo Sejima & Ryue Nishizawa, «parc café» (restaurant), Koga, préfecture de Ibaraki, Japon, 1996-98 ;
matière métal, Egon Eiermann, centre administratif pour Olivetti, Frankfurt-am-Main, 1967-72;
matière métal, Toyo Ito, bibliothèque Sendaï, Tokyo, 1997-2002;matière métal, Renzo Piano & Richerd Rogers, Centre Georges Pompidou, Paris, 1977;
matière métal, Glenn Murcutt, détail d’un panneau de la maison Simpson-Lee, Mount Wilson, New South Wales, Australie, 1989-94;
matière métal, Louis Kahn, Yale Center for British Arts, Yale, Connecticut, USA, 1969-74

illustrations:
a- Giacomo Mattè Trucco, rampe de l’ancienne usine Fiat, le Linghotto, à Turin, 1916-22.
b- Livio Vacchini, Gymnase militraire à Losone, Tessin, Suisse, 1990-97.
c- Auguste Perret, Usine de construction métallique à Issoire, 1940
d- Kenzo Tange, préfecture de Kagawa à Takamatsu, Japon, 1955-58.
e- Aurélio Galfetti, entrée de l’ascenseur du Cactelgrande à Belinzona, Tessin, Suisse, 1983-89.
f- Svere Fehn, pavillon d’exposition des pays scandinaves à la biennale de Venise, 1962.

matière béton, Giacomo Mattè Trucco, rampe de l’ancienne usine Fiat, le Linghotto, à Turin, 1916-22.
matière béton, Livio Vacchini, Gymnase militraire à Losone, Tessin, Suisse, 1990-97.
matière béton, Auguste Perret, Usine de construction métallique à Issoire, 1940
matière béton, Kenzo Tange, préfecture de Kagawa à Takamatsu, Japon, 1955-58.matière béton, Aurélio Galfetti, entrée de l’ascenseur du Cactelgrande à Belinzona, Tessin, Suisse, 1983-89.
matière béton, Svere Fehn, pavillon d’exposition des pays scandinaves à la biennale de Venise, 1962.

 
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