Concilier les temps du paysage auteur : Marc Bigarnet
Le paysage n’existe que par le regard qu’on lui porte. C'est bien parce que notre regard sur le paysage a changé que nous le transformons, en y important de nouveaux usages, de nouvelles techniques, de nouvelles coutumes… Cette transformation semble si lente que les qualités du paysage dans lequel nous vivons nous paraissent immuables. La beauté des paysages peignés par les vignerons, de cette nature maîtrisée et "entretenue" par l’agriculteur ou le forestier, fait vendre. Nouveau territoire de la civilisation des loisirs, vaste parc urbain, la campagne cultivée est aujourd'hui aussi lieu de contemplation et de détente du touriste et du nouvel habitant. Deux paysages aujourd’hui s'affrontent : l’un partagé par le travail de la terre, généreux et utile, l’autre constitué par le désir du citadin d'une "nature urbaine". Pourtant l’un ne peut exister sans l’autre. Et ce que nous en faisons n'a cependant rien à voir avec ce qui nous y attire. Si depuis notre maison nous voulons pouvoir contempler ce paysage que nous avons voulu habiter, alors quel paysage voulons nous offrir à celui qui vient le visiter ? Le temps de la pierre et de l’artisanat a cédé la place au temps des matériaux de synthèse et de l’industrialisation, le temps de la maison des champs au pavillonnaire… Ceci n’est plus une question de style à refuser ou à imposer, mais plutôt d’une attitude à partager, d’un imaginaire à constituer au sens d’un corps de références communes, d’une stratégie collective de transformation du paysage permettant de concilier harmonieusement tous les temps de sa perpétuelle évolution. (note: article écrit en tant qu'architecte-conseil au CAUE, région Beaujolais) |
lien : site beaujolais
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