42 rue d'Avron 75020 Paris, France Obras architectes, Marc Bigarnet, Frédéric Bonnet

Infographie, projet et enseignement

auteur : frédéric bonnet
cadre :CPR, janvier 2000
lieu : Ecole d'Architecture de Clermont Ferrant

texte en français

Infographie, Projet et enseignement

Ces avis doivent s'entendre comme "in abstracto", sans lien critique avec la pédagogie mise en place à l'école. Je limite le propos à la spécificité de l'outil informatique dans le cadre d'une école d'architecture.

Quatre points paraissent essentiels:

1- infographie et informatique:
l'outil informatique est un outil particulier. Son usage procède d'une technique et d'une démarche esthétique mêlées. Il faut dissocier cette fonction infographique de la question de l'informatique proprement dite (programmation, etc...).

2- infographie et dessin:
l'infographie est un des moyens contemporains pour représenter, créer, communiquer, etc... En ce sens, il doit être compris et interprêté en relation avec le reste des arts plastiques (au sens large). Elle doit être fondée sur une culture, incontournable, du dessin.

3- l'infographie, interface de médias et cultures graphiques différentes:
l'enseignement de l'infographie dans une école d'architecture ne devrait pas se limiter à quelques logiciels "spécialisés" (Autocad, Arc+, Archicad, etc.). Il doit permettre à chaque étudiant, à partir d'un panel de techniques, de se constituer sa propre méthode (dessin à la main, palette graphique, video, photographie, modeleurs, logiciels vectoriels, mise en page, typographie, etc...)

4- l'infographie et l'architecte:
a maîtrise de l'infographie est devenue, de fait, indispensable à l'architecte. L'utilisation de certains logiciels, essentiellement imposés par les équipes d'ingénieurs (Autocad par exemple), a néanmoins conduit à une certaine division du travail renouant avec le couple concepteur/dessinateur dissociés et antagonistes. Ceci alors même que l'infographie devrait permettre, par ses performances, sa souplesse et son interactivité, une certaine libération des modes de production. L'enseignement dans les écoles d'architecture doit permettre cette liberté d'organisation, ces choix de représentation.

soit:

1- infographie et informatique:

L'utilisation performante de l'outil ne demande pas aujourd'hui, et ceci depuis une dizaine d'années, de maîtrise des notions de programmation. Les développeurs ont su proposer des interfaces libérant l'utilisateur de ces contraintes de syntaxe informatique. En terme de formation, l'utilisation de l'outil demande un minimum de savoir-faire strictement technique: configurations, périphériques, gestion des réseaux. Cette initiation de base peut être envisagée "en appui", compte tenu du fait que les générations d'étudiants arrivant à l'école seront de plus en plus familiarisées avec ces principes. Il pourrait être intéressant, en liaison avec le développement d'internet et des structures de réseau, d'ouvrir des pistes sur des langages de programmation contemporains (exemple: Linux pour le système d'exploitation, Java pour le développement internet). Il me semble que ces expériences ne font pourtant pas partie de l'enseignement de base et devraient être réservées à des activités de recherche. Quant au choix d'un enseignement lourd sur des langages spécifiques liés à des logiciels très diffusés (DWG), il semble devoir être nuancé, de nombreux logiciels ou groupes de logiciels possédent des fonctionalités équivalentes avec des interfaces plus conviviales.

2- infographie et dessin:

La pratique de l'infographie est indissociable de la maîtrise des autres outils graphiques, tout simplement car elle est elle-même un outil, même très sophistiqué: cette "maîtrise" est en fait une expérimentation permanente, et suppose l'intelligence de ses gestes suppose l'affirmation consciente d'un regard esthétique. A cet égard, il me semble que le dessin à la main, la pratique même du croquis reste l'un des moyens les plus performants pour acquérir cet indispensable regard, et ne doit pas être opposé aux techniques plus récentes. C'est notamment pourquoi j'ai pu parfois dire que l'apprentissage de l'informatique ne devait pas intervenir trop en amont dans les études: pas trop en amont, c'est à dire pas avant, mais simultanément ou juste après le travail en croquis. L'expérience confirme cette hypothèse: le croquis est un exercice/une pratique fondée sur des choix (pourquoi dessiner ceci et non celà, pourquoi mettre l'accent sur telle ensemble de ligne, tel rapport hierarchique entre les choses, etc.). Or, les étudiants lancés dès le départ sur l'infographie mal comprise, notamment fascinés par les modeleurs 3D, ne savent pas, dans leur immense majorité, choisir. Fascination pour l'apparente liberté du logiciel, fascination pour la multiplicité des points de vue, argument fallacieux de la perspective "juste"... les images issues de ces tâtonnements n'ont souvent que peu de sens esthétique, si ce n'est celui d'une primitive mathématique presque aléatoire. Or les dessins d'Aldo Rossi, d'Alvaro Siza ou de Le Corbusier sont là pour démontrer qu'un croquis "géométriquement faux" est souvent le plus juste. Comment aider les étudiants à comprendre celà ?

3- infographie, interface complexe de logiciels et cultures graphiques différentes:

L'une des réponses à la question précédente, en fait... L'infographie doit avoir recours à toute une série de méthodes et de logiciels complémentaires, qui permettent, à chacune des moments du projet, de mêler l'ensemble des techniques. Pour celà, il faut absolument développer l'apprentissage des logiciels tels que Photoshop (ou équivalents, qui assurent d'ailleurs l'interface avec le dessin à la main par digitalisations successives ou alternatives), Illustrator (freehand, etc.), X-Press (ou équivalents Adobe), les modeleurs au sens propre (3D studio, zoom,.), les logiciels vidéo (interfaces avec la video), etc... Cette initiation doit être simultanée, également intense, voir antérieure à la pratique des logiciels dits de "CAO" (Autocad, Arc+, ArchiCad, etc.). C'est seulement à cette condition que l'on donne à l'étudiant la liberté et la possibilité d'élaborer sa propre méthode, alors qu'il construit peu à peu son regard et sa "boîte à outils" graphique. On imagine ainsi que le travail de projet peut constituer à réaliser une maquette, elle-même filmée, puis mixée à d'autres images par des techniques vidéos ou infographiques (qui tendent d'ailleurs à se rejoindre), le tout étant édité, utilisant dessins scannés ou plans cotés... Il n'y a pas ainsi, me semble-t-il, de recettes de fabrication. Le recours à tel ou tel logiciel, ou plutôt à telle ou telle association d'outils, peut varier selon les moments du projet. La culture infographique doit ainsi rejoindre la culture des arts plastiques: associations de techniques, processus plutôt que recours à un outil miracle omnipotent, primauté du sens et du discours construit pas des choix sur l'effet né de l'outil, interdépendance du procédé et du sens restitué.

4- l'infographie et l'architecte:


De la même manière, l'apprentissage de l'infographie, s'il se limite à quelques logiciels "spécialisés" - dits spécifiques aux architectes -, peut conduire à une spécialisation des savoir-faire: ainsi de nombreux jeunes diplômés ne trouvent de travail que s'ils maîtrisent certains logiciels. On oublie pudiquement que ceci correspond aussi dans les agences à une division du travail croissante. La question est donc de savoir si nous pouvons -ou voulons- cautionner cette évolution. Le jeune architecte doit être susceptible d'être inventif au sein des agences qui l'accueillent ou en fondant sa propre structure, inventif notamment du point de vue des moyens de représentation, des outils de conception, des méthodes, en un mot apporter un savoir-faire actualisé sur des techniques qui évoluent chaque année. A titre expérimental, il serait utile d'avoir quelques conférences ou cours sur les technologies infographiques les plus évoluées. L'architecture reste bien-sûr essentiellement une production d'objets singuliers qui rend peu probable l'effet économique de la série ou l'effet de masse (pensons aux fabricants automobiles, à Sega ou Sony, aux studios d'effets spéciaux, etc.). Les moyens dont nous disposons seront par conséquent encore longtemps toujours en deça des outils les plus performants. Mais pensons qu'il est possible, ponctuellement, de travailler avec des créateurs d'effets spéciaux (par exemple inferno sur Silicon Graphics), et que pour certains projets on a pu utiliser les logiciels évolués de l'industrie (Katia de Dassault-Aérospatiale par exemple). On est évidemment plutôt loin des moyens d'une école d'architecture -ah, le M.I.T.!!...- mais aborder ces possibles outils est aussi une ouverture d'esprit, une mise à jour des connaissances.

pour conclure, sur l'infographie:


- un panel de logiciels mis à jour et de différents types, pour permettre des interprétations personnelles de l'outil par les étudiants (associations de logiciels)

- des liens incessant avec les autres pratiques des arts plastiques

- l'infographie bien maîtrisée peut-être un outil de projet, un outil de pensée -comme le crayon -, et pas seulement un moyen de représentation. Ceci à chaque étape d'un projet, et quelqu'en soit l'échelle.

 
 
agences + projets + actualités + textes + enseignement + contacts + plan du site        © Obras architectes, Marc Bigarnet, Frédéric Bonnet